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Base documentaire : La réinsertion > La réinsertion professionnelle > La pratique

La pratique

Dr. Christian VERGER
Médecin Inspecteur Régional du Travail et de la Main-d'Oeuvre - SNCF – RENNES

Le problème de la réinsertion professionnelle des laryngectomisés et mutilés de la voix est préoccupant du fait :
- de sa fréquence (sachant que 3 % des demandeurs d'emploi sont des travailleurs handicapés),
- du contexte de l'emploi, de la conjoncture économique, de la transformation galopante du monde du travail qui attend aujourd'hui des salariés une très grande adaptabilité souvent exprimée par les mots de mobilité pour tous les emplois et de polyvalence pour les emplois peu qualifiés,
- de la difficulté d'accès aux informations utiles, notamment à celles offertes par la réglementation.

Le reclassement en milieu de travail est ainsi souvent de solution délicate à trouver et peut se résumer de la façon suivante :
Face à face entre :
- un travailleur dont les capacités physiques et professionnelles sont diminuées, qui cherche un emploi avec des espérances économiques et psychologiques
- et un employeur qui possède un poste avec des exigences physiques et professionnelles, qui est contraint de l'offrir en voulant que soient respectés les critères économiques de rendement.
Arbitrage par le médecin traitant, le spécialiste parfois, le médecin conseil et le médecin du travail.

La question de la réinsertion professionnelle se pose dès la découverte de la maladie et se poursuit tout au long du traitement. Les difficultés de cette réinsertion reposent principalement sur six facteurs :
- l'âge, les jeunes qui n'ont pas encore trouvé leur stabilité familiale et professionnelle ont après guérison des difficultés d'embauche ou un début de carrière fortement compromis par un arrêt d'activité prolongé. Les mêmes difficultés se retrouvent chez les travailleurs âgés moins capables d'adaptation et aux prises avec un marché de l'emploi qui leur est défavorable,
- le type et la localisation de la pathologie,
- le stade évolutif lors du diagnostic et le type de traitement. La précocité du diagnostic améliore sensiblement le pronostic et simplifie le traitement. Pour un même résultat thérapeutique, le traitement doit être aussi peu mutilant que possible d'une part et d'autre part perturber au minimum l'existence du malade afin de diminuer les séquelles personnelles, familiales et socio-professionnelles, ce qui.permet une reprise du travail plus précoce et dans de meilleures conditions,
- le statut professionnel intervient à plusieurs niveaux. Il détermine la protection sociale du malade et donc ses possibilités d'arrêts de travail prolongés. Il implique une aptitude physique et psychique à un poste de travail dans une entreprise donnée à laquelle il ne répondra peut être plus à la fin de son arrêt du fait des séquelles entrainées par le traitement,
- la motivation au travail est un élément psychologique important dans la réinsertion, la reprise du travail est plus précoce et plus facile quand on a un travail qui passionne. Les difficultés augmentent quand la motivation diminue, les plus grandes se retrouvant pour les emplois les moins qualifiés ou les moins valorisants. La nécessité financière de travailler (cas par exemple des travailleurs indépendants ou des professions libérales) est un bon facteur de réinsertion,
- la durée de l'arrêt de travail est un autre facteur important, très variable en fonction de la pathologie et du traitement, de quelques semaines où tout se passe bien à quelques années où les problèmes s'accumulent. La motivation peut intervenir sur la durée de l'arrêt. La désinsertion augmente avec la durée de la coupure avec le milieu de travail.

Ces différents facteurs doivent être envisagés très tôt...
L'équipe soignante doit être en contact avec le médecin traitant dès que le pronostic à long terme est mieux cerné, le patient doit être encouragé et aidé à dresser des plans d'avenir et à reprendre ses activités antérieures et ses contacts familiaux, sociaux et professionnels.
C'est aussi à ce stade que les liaisons avec le Médecin du Travail doivent être amorcées de manière à préparer la reprise. Le Médecin du Travail qui constate les restrictions d'aptitudes (mais ne les crée pas) a donc une lourde responsabilité et un rôle primordial dans la réinsertion. Il a la charge lors de l'examen de reprise d'apprécier "l'aptitude de l'intéressé à reprendre son emploi, la nécessité d'une adaptation des conditions de travail".

Cette détermination médicale d'aptitude est incontestablement un des fondements de notre système de Médecine du Travail, puisque la loi demande aux médecins chargés de la surveillance des salariés "d'éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail, notamment en surveillant les conditions d'hygiène du travail, les risques de contagion et l'état de santé des travailleurs".

Le Médecin du Travail apprécie lors des visites médicales de manière individuelle l'adaptation du travail à l'homme en tenant compte à la fois des caractéristiques du salarié et des caractéristiques du poste de travail.
De l'appréciation de l'aptitude va se concrétiser par la fiche d'aptitude. Elle n'est ni sélection, ni exclusion. Elle est bien entendu couverte par le secret médical et peut faire l'objet d'une contestation auprès de l'Inspecteur du Travail (article L.241 -10-1 du Code du Travail).

Il nous faut alors comprendre que chacun de ces deux concepts :
- contrat de travail et aptitude vit en interaction avec l'autre et que la situation du Médecin du Travail est dès lors relativement inconfortable au coeur d'une contradiction entre deux droits constitutionnels, le droit à la santé et le droit au travail.

On conçoit alors l'importance de solliciter l'aide de son Médecin du Travail dès que des problèmes de santé ont ou risquent d'avoir un retentissement professionnel. Ceci au titre notamment de l'article R.241-51 du Code du Travail qui prévoit "à l'initiative du salarié, du médecin traitant ou du médecin conseil des organismes de Sécurité Sociale un examen préalable à la reprise du travail" afin de faciliter la recherche de mesures nécessaires à cette reprise.

Ainsi le rôle du Médecin du Travail en matière d'insertion professionnelle et de reclassement est un rôle privilégié. L'intervention du Médecin du Travail peut également se produire sous forme de conseils aux travailleurs handicapés, aux employeurs.

La réinsertion des laryngectomisés et des mutilés de la voix dépend de la collaboration de tous : équipe médicale, famille, médecin traitant, médecin conseil, médecin du travail,employeur et collègues. Elle doit être envisagée très tôt et le rôle du Médecin du Travail doit être exploité au maximum. Les laryngectomisés et mutilés de la voix doivent se sentir aidés, sans être surprotégés. Les possibilités offertes par la législation doivent être mieux connues et aussi développées : formation professionnelle, mitemps thérapeutique, travail à temps partiel, visite de pré-reprise...

La nécessité d'une coopération et d'une circulation de l'information entre médecin traitant, médecin conseil, médecin du travail, organismes gestionnaires de la réalité médico-sociale est sans doute la priorité absolue pour une réinsertion professionnelle réussie.

On retiendra en pratique
- La possibilité de discordance entre l'avis du médecin conseil et celui du médecin du travail, car le médecin conseil de la Sécurité Sociale se prononce sur l'aptitude à la reprise à un travail quelconque contrairement au médecin du travail qui rend un avis sur l'aptitude à un poste précis dans une entreprise donnée.

- La prévention des conséquences de ce désaccord par le contact précoce avec la médecin conseil à l'initiative de celui-ci notamment par la fiche de liaison.
Le Médecin du Travail, peut également, en accord avec le salarié, prendre lui-même contact avec le médecin conseil lors de la visite de pré-reprise ou de la visite de reprise.

- La décision de remise au travail du salarié par le médecin traitant ou le médecin conseil ne s'impose pas au médecin du travail qui est le seul juge de l'aptitude au poste.

- Un salarié en invalidité 2e catégorie Sécurité Sociale peut travailler car les législations Sécurité Sociale et Travail sont distinctes. Lors des visites de pré-reprise, le Médecin du Travail ne peut pas émettre un avis d'aptitude ou d'inaptitude, car le contrat de travail du salarié est suspendu. L'avis d'aptitude n'est obligatoire qu'à l'issue des visites d'embauches, des visites périodiques, des visites de reprise. La grande importance de la visite de préreprise qui peut être sollicitée par l'intéressé, le médecin traitant, le médecin conseil des organismes de Sécurité Sociale, mais pas l'employeur, ni le médecin du travail (car cette visite pourrait alors être assimilée à une visite de contrôle).

- La visite de reprise obligatoire, doit être provoquée par l'employeur pour un salarié, qui se place en situation de reprise du travail (délai 8 jours).

- La COTOREP (Commission Technique d'Orientation et de Reclassement Professionnel) plaque tournante du dispositif avec ses deux sections. Elle reconnaît la qualité de travailleur handicapé, se prononce sur son orientation (milieu ordinaire de travail, milieu protégé) et apprécie si l'état de la personne handicapée justifie l'attribution des diverses allocations prévues par la loi. L'intérêt de cette reconnaissance est de prévenir une désinsertion professionnelle. Il est donc important de demander cette reconnaissance dès qu'apparaît une limitation de l'aptitude au poste de travail. Le fait de relever de la loi du 10 juillet 1987 donne accès à un certain nombre de mesures d'aide au maintien.

- L'obligation d'emploi destinée à favoriser l'insertion professionnelle des personnes handicapées en milieu ordinaire de travail, la loi du 10 juillet 1987 oblige les entreprises de plus de 20 salariées à employer un pourcentage de personnes handicapées fixé à 6 % de l'effectif global. De même les fonctions publiques d'Etat, territoriales et hospitalières, sont soumises à cette obligation d'emploi. Cette loi s'accompagne de mesures incitatives, la COTOREP peut décider d'une diminution de salaire avec des abattements de 10, 20 et même 50 % pour les emplois protégés en milieu ordinaire. L'Etat compense cette diminution de salaire par une garantie de ressource.

De son côté d'Association pour la Gestion du Fonds pour l'Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées (AGEFIPH) attribue une aide à l'insertion à employeur et à l'employé et prend en charge tout ou partie des dépenses d'aménagement du poste de travail.
UA.N.P.E. propose des appuis spécifiques aux personnes handicapées avec un conseiller à l'emploi dans chaque agence locale, ainsi qu'un conseiller départemental à l'emploi pour les travailleurs handicapés.
Enfin les équipes de préparation et de suite au reclassement contribuent à l'insertion des personnes handicapées par un service de placement, d'assistance et d'information. La volonté d'intégrer les sujets fragilisés au milieu de travail normal apparaît clairement dans les nouveaux textes : jamais on a été aussi loin dans les modalités d'emploi des travailleurs handicapés. Il importe donc de tout faire pour obtenir que la réinsertion professionnelle soit une réussite.

CONGRES DE RENNES

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