|
Faut-il dire la vérité
au malade ?
Conférence Débat animée
par le Dr LELIEVRE
" Poser la question de savoir quels sont
les sujets que l'on peut, ou non, aborder avec le malade,
c'est soulever le problème de la vérité,
celui de la réalité de la laryngectomie totale.
En fait il y a deux vérités : il y a la laryngectomie
elle même en tant qu'acte chirurgical, avec toutes ses
conséquences, et puis il y a la vérité
de la raison de cet acte chirurgical, la vérité
de la maladie pour laquelle on va opérer le sujet.
J'ai l'habitude de dire la vérité
à tous mes patients, c'est quelque chose qui fait partie
des arguments nécessaires pour faire comprendre que
la vie continue, qu'il est indispensable de subir cette mutilation,
et savoir que par là on peut avoir la vie sauve.
Est ce un argument utilisé par les visiteurs ? "
La
réponse du Président Goergen
- Je pense à ce sujet que le laryngectomisé
a plus de crédit que l'équipe médicale
proprement dite. La majorité d'entre nous pense qu'il
faut dire la vérité au malade, non seulement
sur l'intervention, sur les séquelles immédiates
et définitives et sur l'origine de l'affection qui
a motivé l'intervention. Il y a un risque, c'est évident,
mais dans la majeure partie des cas je pense que le malade
doit préférer connaître la vérité.
L'expérience de la
surveillante :
- Je suis tout à fait d'accord pour que
l'on dise la vérité. Mais il y a toujours une
difficulté : on ne sait pas la plupart du temps comment
se sont passés les contacts entre le malade et l'équipe
médicale pendant la période qui s'écoule
entre l'endoscopie et l'hospitalisation. Nous sommes dans
le flou, ce qui est une difficulté lors de la rencontre
avec le futur opéré. Nous sommes contents d'entendre
dire : "Nous voulons connaître la vérité".
Mais nous constatons que peu de personnes prononcent le mot
"cancer" et nous ne savons pas toujours comment
faire. Selon les propos tenus nous nous demandons : "Est
il au courant ?". Il est important que le malade dise
ce qu'il sait, ce qu'il ne comprend pas. Il faut avoir un
dialogue tout à fait clair et honnête naturellement.
Celle
de l'infirmier :
- Dans nos entretiens avec le malade nous lui
posons souvent la question : "Mais, que vous a dit votre
médecin ?", et dans 95 % des cas la réponse
est : "Je ne sais pas". En fait le malade attend
une nouvelle version de ce qu'il va subir. Le malade a encore
envie de se rassurer par rapport à ce qui a été
dit et de savoir s'il n'y a pas eu d'erreur. Le malade dit
souvent : "Je ne sais pas ce qui va m'arriver".
Quand on lui donne des éléments, on se rend
compte qu'en définitive, cela avait déjà
été dit. Le malade exprime une certaine réticence
à la vérité. Pourquoi ne se pose t il
pas ouvertement la question : "Réellement, pourquoi
va t on me faire tout cela ?". La vérité
est obligatoire. Il faut savoir pourquoi on doit opérer.
Si l'on est d'accord avec sa maladie, meilleures sont les
suites.
Le vécu d'un laryngectomisé
:
- On ne m'a pas informé. J'ai subi un
drôle de choc. D'abord celui de l'opération,
et ensuite un autre quand j'ai appris, par hasard, dans un
couloir, les causes réelles de l'intervention. Il faut
se rendre compte de ce que peuvent représenter pour
le moral deux chocs de cette importance, encaissés
à 15 jours d'intervalle. Surtout quand on ne sait pas
ce que l'on va devenir sur le plan social, médical,
professionnel... Le jour où je suis sorti de l'hôpital,
on m'a annoncé : "Vous avez 45 séances
de radiothérapie". J'ai cru que le cancer n'était
pas parti, qu'il était encore là. Imaginez.
Si j'avais eu toutes les informations, le moral aurait été
meilleur.
Le
témoignage d'épouses d'opérés
:
- On appelle l'épouse et on lui dit :
"Les résultats ne sont pas bons, il va falloir
opérer". Alors j'ai compris et je me suis dit:
"C'est un cancer, on va lui faire une stomie, il ne parlera
plus comme tout le monde, il ne parlera peut être plus
du tout d'ailleurs". Tout ce que j'ai pu lui dire c'est
: "Les résultats ne sont pas bons. Il faut que
tu sois opéré". Mais lui comme moi on ne
prononçait pas le mot "cancer". On faisait
la même chose, on ne se disait "il ne faut pas
le dire". Je ne trouve pas que ce soit une bonne chose.
La vérité nous a été apprise par
le chirurgien lui même, très clairement. Il a
exposé franchement la maladie, le déroulement
de l'opération, les suites qui allaient en découler,
mais aussi les possibilités de réinsertion.
Le chirurgien, les infirmières ont un rôle d'information,
d'assistance, mais toujours en tenant compte de la personnalité
du malade.
Conférence AG Paris / mars 1991
Archives de lAssociation
|