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Base documentaire : Vivre sans larynx > La nécessité de l'information > L'information des futurs laryngectomisés

L’information des futurs laryngectomisés

DOCTEUR Bernard LUBOINSKI
Chef de Département O.R.L. et de Chirurgie Cervico-Faciale - Institut Gustave Roussy – VILLEJUIF

L'entrée dans une maladie grave représente toujours un choc psychologique considérable, a fortiori s'il s'agit d'un cancer dont le traitement va être mutilant. C'est à cette période, riche en informations, que vont se nouer ou non des relations basées sur la confiance entre le chirurgien et le futur opéré. Cette confiance repose sur des explications claires, compréhensibles du malade et de sa famille, délivrées avec tact, sans brutalité.
Cette conception des relations franches osant, dans la plupart des cas, parler du cancer et de son traitement est loin de la façon dont le problème était abordé il y a encore 25 ou 30 ans.

Nous avons tous connu dans notre jeune pratique professionnelle la difficulté qu'il y avait à gérer une maladie grave et mutilante en ne délivrant au patient qu'une information limitée, rassurante, n'évoquant pratiquement jamais la maladie, tout en proposant une "sanction thérapeutique" majeure.

La discordance était par trop grande, la confiance devait être aveugle de la part du malade.
La médiatisation de la maladie, le désir de savoir et d'être traité en adulte nous a très rapidement amenés à aborder les problèmes de front. Il est certain, et j'insiste sur cette notion, que la franchise n'est pas synonyme de brutalité. L'information doit être modulée en fonction de la personnalité du malade ; un faible pourcentage ne voulant en aucun cas entendre prononcer le mot fatidique. La grande majorité au contraire, actuellement, veut savoir.

Et c'est là que commencent les problèmes.

Recevoir en même temps l'annonce que l'on a un cancer, ou tout du moins une "tumeur grave" et que l'on va être laryngectomisé, crée le plus souvent une tel choc que les facultés d'attention, de compréhension, sont souvent réduites au minimum et les premières explications n'atteignent pas leur cible. Nous avons, depuis longtemps, fait ce constat grâce à nos infirmières. Nous pensions que, lors de notre séance de décision thérapeutique, nous avions pris toutes les précautions oratoires et donné des explications suffisantes, sans jargon médical, pour que la laryngectomie qui allait suivre soit claire dans l'esprit du patient.
Lors de l'hospitalisation nos infirmières nous faisaient le plus souvent l'amer reproche de ne pas avoir donné d'explications ou des explications peu compréhensibles.
Le constat était rapidement fait, très souvent quel que soit le mal que nous nous soyons donné il n'en restait rien, ou pas grand chose. Le malade, sous le choc, avait "fermé les écoutilles" pour éviter que le bateau ne fasse eau de toute part. Les plans d'enseignement se développant dans d'autres disciplines (diabète, insuffisants rénaux ... ), nos infirmières nous proposèrent d'en établir un pour les futurs laryngectomisés.

Au tout début cela n'alla pas sans réticence de la part de certains médecins qui se voyaient déposséder d'une partie de leurs prérogatives d'informations et surtout craignaient de ne pas contrôler pleinement l'information délivrée par les infirmières.

Actuellement ces plans d'enseignement sont utilisés systématiquement pour tous les futurs opérés. Ils reposent sur une consultation infirmière qui est donnée quelques jours avant l'intervention, la veille au plus tard pour les patients venant de loin, selon un protocole extrêmement précis et par des infirmières motivées et éduquées à ce type de démarche. Il est souhaité que le patient vienne accompagné de celui ou celle qui sera le soutien lors du retour au domicile. C'est le plus souvent l'épouse, mais ce peut être un enfant, un ami, etc.

Cette consultation infirmière va reprendre, dans des termes simples, aidés de schémas, l'information nécessaire à expliquer, dédramatiser, la laryngectomie totale. Elle fait appel à des notions d'anatomie et de physiologie simples, comment on respire avant et après une laryngectomie, etc. Les suites opératoires sont décrites. Le poste opératoire est souvent visité pour montrer les lieux, ainsi qu'une chambre avec son aspiration murale, le pied à perfusion, etc. Les petits gestes, concernant l'aspiration et la canule, sont décrits. Le patient et son accompagnant ont la possibilité de poser toutes les questions qui leur viennent à l'esprit. La présence d'un ancien opéré peut, dans certains cas, être d'un grand secours pour redonner confiance.

La pratique de ces plans d'enseignement nous apparaît actuellement, dans notre service, comme indispensable. Ils ont atteint leur but en dédramatisant l'acte, l'angoisse est considérablement diminuée en post-opératoire, la prise en charge par lui même du patient est beaucoup plus rapide.

Deux problèmes se sont surajoutés, l'un ancien, l'autre plus récent :

- le premier est représenté par les laryngectomies reconstructives (crico-hyoïdo-pexie ou crico-hyoïdo-épiglotto-pexie).
L’information initiale est plutôt plus facile à faire passer car ces interventions sont destinées à préserver la voix, même si elle est de qualité médiocre, et surtout à éviter la trachéostomie. Il faut alors insister sur le fait que cette ablation, "presque totale" du larynx, va avoir pour retentissement immédiat majeur des troubles de déglutition ; ce qui, à première vue, peut sembler paradoxal, mais physiologiquement s'explique parfaitement bien. Le rôle de sphincter du larynx, qui se ferme lors de la déglutition pour protéger les voies aériennes, étant alors très perturbé par l'intervention. Il faut, pour le patient, accepter des suites immédiates beaucoup plus difficiles qu'en cas de laryngectomie totale, avec un bénéfice sur le long terme.

- le second représente un véritable problème souvent difficile à gérer. Il s'agit des protocoles plus récents faisant appel à la chimiothérapie délivrée comme premier traitement pour essayer de préserver le larynx. Cette préservation ne pouvant se faire que lorsque la chimiothérapie a entraîné une disparition, apparemment complète de la tumeur, vérifiée par l'examen clinique, l'endoscopie et le scanner. Dans le cas contraire, l'indication de la laryngectomie totale reste entière. Il s'agit alors de faire comprendre au malade que l'on aura environ une chance sur deux de pouvoir lui conserver son larynx; là où le problème se complique encore, c'est que, le plus souvent, la symptomatologie régresse rapidement alors même qu'il peut rester de la tumeur.

Il devient alors difficile de convaincre un patient qui ressent tout le bénéfice de la chimiothérapie, de la nécessité de lui enlever son larynx, qui ne le fait plus souffrir, parce que le chirurgien considère que la réponse ne peut permettre de préserver l'organe. La notion de confiance réciproque prend alors toute son acuité. Le risque est que le patient choisisse la radiothérapie alors que le traitement le plus adapté serait une laryngectomie totale.

Ce protocole de traitement requiert des explications répétées, lors de chacun des 3 cycles de chimiothérapie, de manière à amener progressivement le patient à la décision thérapeutique finale: radiothérapie ou mutilation.

La communication, si souvent mise en avant dans notre société médiatisée est la base de nos relations avec nos futurs opérés.
C'est de sa qualité que dépend le futur des relations du couple médecin-malade, ce qui, comparé à la vie courante, n'est pas bien original, ce qui l'est plus c'est de pouvoir l'appliquer dans un domaine faisant intervenir une maladie grave, un traitement chirurgical difficile avec un retentissement familial, social, professionnel important, cela implique beaucoup de courage de la part de chacun des partenaires en présence.

CONGRES DE RENNES

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