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Base documentaire : Le rappel physiologique > Les cancers du larynx > La radio-chimiothérapie concomitante

La radio-chimiothérapie concomitante

DOCTEUR Patrick DESPREZ, cancérologue
Centre d'Oncologie Saint-Yves de VANNES

L'utilisation successive de la radiothérapie et de la chimiothérapie dans le traitement des cancers des voies aéro-digestives supérieures présente certains inconvénients théoriques.
L’utilisation du premier moyen thérapeutique retarde obligatoirement la mise en oeuvre du second. Si l'on commence par la radiothérapie, l'action thérapeutique est ciblée sur la maladie loco-régionale, mais certaines cellules plus agressives sont susceptibles de migrer pendant ce temps à distance et de donner ultérieurement des métastases.

Si, à l'inverse, on commence par la chimiothérapie, ces cellules à potentialité migratrice sont d'emblée traitées, mais il est vrai que l'on n'utilise pas dès le début du traitement tous les moyens les plus efficaces pour s'attaquer au contingent tumoral le plus important que représente la tumeur primitive et ses extensions ganglionnaires éventuelles.

Par ailleurs, les modes d'action de la radiothérapie et de la chimiothérapie sont assez voisins à l'échelon cellulaire entraînant la destruction des cellules ou, ce qui revient au même, l'impossibilité pour elles de se multiplier.
Or, au sein d'une tumeur solide, certaines cellules tumorales soumises à l'action d'un cytotoxique ont la faculté de développer des moyens de défense les rendant très difficilement vulnérables à l'action d'un autre agent thérapeutique appliqué ultérieurement.

C'est ainsi que l'idée d'associer radiothérapie et chimiothérapie d'emblée trouve sa justification.

En effet, les avantages théoriques de cette association sont les suivants :
- Coopération spatiale : la maladie est d'emblée attaquée sous tous ses aspects (maladie locale par la radiothérapie, maladie potentiellement générale par la chimiothérapie).
- A l'échelon local : l'utilisation concomitante de plusieurs moyens cyto-toxiques limite le risque de résistance cellulaire et augmente l'effet anti-tumoral par addition de l'action propre de la chimiothérapie à celle de la radiothérapie. Il est même possible d'espérer obtenir par des associations judicieusement étudiées un effet supérieur à cette simple addition (effet supraadditif).
- L'intensification de cette action locale n'a de sens que si, dans le même temps, la toxicité du traitement reste acceptable au niveau des tissus sains. Ce problème de tolérance a été longtemps un frein à l'utilisation de l'association radio et chimiothérapie concomitante, mais les cliniciens ont progressivement affiné les posologies et le rythme d'administration de la chimiothérapie pour rendre le traitement réalisable. Le schéma d'association idéal est celui qui permet d'augmenter ce que l'on appelle l'index thérapeutique qui rend compte de la différence d'efficacité d'un agent cyto-toxique sur les cellules tumorales par rapport aux cellules saines.
Sur un plan pratique, les anti-mitotiques utilisés dans l'association radio-chimiothérapique concomitante sont les mêmes que ceux utilisés dans la chimiothérapie d'induction avec cependant des posologies moins agressives.
- Le 5 FU dont la synergie dans l'association avec la radiothérapie est connue depuis longtemps est le plus souvent utilisé en perfusion continue.
- L'administration des sels de platine est préconisée avant l'irradiation pour que la concentration cellulaire du produit potentialise l'effet de l'irradiation. Le délai entre l'injection du médicament et la séance d'irradiation est variable avec le sel de platine utilisé.
Quant à la radiothérapie, son schéma est en général classique (5 séances hebdomadaires pour une durée totale de traitement d'environ un mois et demi). Dans certains cas, il peut être fait appel à l'irradiation bi-fractionnée (2 séances par jour).
Concernant l'association radio-chimiothérapique, plusieurs schémas ont été proposés ; les plus prometteurs semblent être ceux qui associent à une radiothérapie classique une polychimiothérapie par cures effectuées par exemple à 3 semaines d'intervalle, chaque cure s'étalant sur 4 à 5 jours.

La plupart des traitements peuvent être réalisés en ambulatoire avec une surveillance toute particulière de la tolérance hématologique et muqueuse.

Un certain nombre d'enseignements peuvent déjà être tirés quant à l'apport de ce type d'association dans le traitement des cancers des voies aéro-digestives supérieures.
- Meilleure efficacité locale qu'avec la radiothérapie seule pour des maladies évoluées, inopérables d'emblée. Ce type de maladies présente souvent un pronostic redoutable mais l'amélioration de l'efficacité locale laisse espérer de meilleurs résultats permettant, en particulier, d'envisager une chirurgie différée à une dose d'environ 50 Gy chez des patients inopérables initialement.
Par ailleurs, l'association radio-chimiothérapique permet d'envisager la reprise d'un traitement par irradiation chez un patient présentant une récidive et ayant déjà fait l'objet d'une radiothérapie. C'est en particulier dans ce cas que, outre le recours à l'association radiochimiothérapique, l'utilisation d'un traitement bi-fractionné paraît intéréssante.

Il est enfin permis d'espérer que, par le biais d'une meilleure efficacité locale, un plus grand nombre de patients pourront se voir proposer un traitement conservateur évitant une intervention mutilante. Mais, bien évidemment, ceci ne pourra être envisagé qu'à la condition que cet allégement thérapeutique n'entrave en rien les chances de guérison. La poursuite d'études en ce sens reste indispensable pour préciser les modalités d'association optimales en espérant que
l'enrichissement de l'arsenal thérapeutique par de nouvelles molécules, comme par exemple le Taxol, ouvre de nouvelles perspectives.

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